Nathalie Héricourt

Plasticienne

Restauration

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Après que deux tableaux : la Nativté et les Rois Mages sont sortis de mon atelier, c'est Sainte Thérèse qui y a fait son entrée.
Il me fallait alors aborder la représentation des Saints par le volume.
En effet, une vingtaine de statues en plâtre du XIX ème siècle, venant des églises Saint Félix de Claret et de Saint Mathieu de Tréviers sont maintenant passées entre mes mains.
La première, Sainte Thérèse, méritait un rafraîchissement. Ses fleurs fanées attendaient de retrouver leurs couleurs d'antan. Après un nettoyage et un ponçage léger et minutieux j'ai repris la palette d'origine que portait Sainte Thérèse. Afin de lui redonner corps je me suis saint penchée sur sa vie et ai découvert une enfant à la volonté et à la foi intenses et qui n'a cessé de se vouer à Dieu, depuis son plus jeune âge.
Vinrent ensuite Saint Roch terni par le temps, écaillé par endroits accompagné d'un chien miteux. Ils ont tous deux suivi le même traitement que leur Sainte Thérèse. Sur la cuisse de Saint Roch, j'ai pu repeindre le bubon de la peste qu'il montre avec l'index, comme un maquillage de cinéma, grâce à des couches successives d'une gamme de rouges transparents. Pour finir, l'application des liserés dorés sur son habit et la peinture argentée sur les coquilles Saint Jacques ornant sa capeline ont été un exercice technique intéressant.
Parfois, il manquait un ou plusieurs doigts, une main était coupée, les tuniques fissurées. Un peu de chirurgie plastique a suffi à rendre les doigts de l'un, le pied de l'autre, sans toutefois leur rendre leur mobilité.
L'attrait de ce travail est de redonner vie à des statues figées, parfois recouvertes d'une couche de peinture puis badigeonnée d'une couche de chaux qu'il aura fallu poncer pour retrouver non seulement les couleurs, mais saint les motifs d'origine. Car au XIXème siècle on se plaisait à enrichir les fonds avec des motifs floraux et des volutes à la peinture dorée.
La partie la plus intéressant reste les visages dont les joues rosissent puis s'estompent, les paupières s'assombrissent, les yeux brillent. On attend que la bouche qui n'est qu'un subtil dégradé de rouges orangers tirant parfois vers le brun, s'ouvre pour proférer une bonne parole. Puis, les veines des mains apparaissent sous l'épiderme. C'est un véritable travail d'esthéticienne sur les ongles, la délicatesse des lunules, la blancheur des bords libres.
La vie apparaitrait si elle n'était contredite par la peau diaphane de Saints et leur posture figée. Un certain réalisme de l'exécution a pu surprendre les visiteurs de l'atelier. Les passants furtifs avaient l'impression d'avoir vu quelqu'un à travers les fenêtres.
Même si ces statues ne sont pas grandeur nature, même si leurs proportions ne sont pas naturelles, elles semblent habitées. Habitée par la vie ? Au delà ? Les questions demeurent. Mais leur présence à l'atelier pendant plusieurs mois au cours desquels se sont suivis Saint Raphaël, le curé d'Ars, la Vierge Marie, les archanges... ont laissé une trace au milieu de mes pots de peinture.

J'ai eu la chance d'approcher par mes pinceaux, un peu du sacré qui émane de la statuaires des catalogues de l'époque. En effet, ces statues étaient choisies sur des catalogues et moulées en séries dans différents ateliers en France et en Europe. Sur certaines j'ai retrouvé le sceau de la fabrique. J'ai souvent pensé aux artisans qui ont produit Saint Paul ou Saint Pierre... Il est toujours émouvant de devoir remettre en état l'oeuvre d'un autre. C'est ce que j'ai fait, avec plaisir..